Comment la pédagogie financière est devenue un enjeu clé ?
Investissement
December 9, 2020

Nouveaux investisseurs et pédagogie financière

Tour d’horizon des initiatives menées pour rendre la finance accessible à tous

Début novembre 2020, Finance Innovation et HUB612 organisaient l’étape digitalo-lyonnaise du FinTech Tour. Lors de cette matinée, nous avons souligné l’engouement des Français pour les placements boursiers et nous sommes intéressés aux initiatives pédagogiques justement orchestrées pour les aider à enrichir leur culture financière et les accompagner au mieux dans leurs décisions d’investissement. Car la demande existe bel et bien : d'après un sondage de la Banque de France, 77 % des Français estiment avoir un niveau de connaissance moyen ou faible sur les questions financières.

Cette table ronde réunissait Thomas Perret, fondateur de Mon Petit Placement, Stéphane Dotée, fondateur de Odonatech, Pierre Rossetti Directeur de la Gestion Privée chez Caisse d'Epargne Rhône Alpes et Florence Corne adjointe à la directrice des relations avec les épargnants à l'Autorité des marchés financiers.

 

La crise n’a pas freiné les investisseurs

Tous se sont accordés pour dire que la crise avait révélé de nouveaux comportements chez les épargnants. Alors que certains se sont inquiétés de la chute brutale des cours (en à peine un mois, et avant même le début du confinement, l’indice boursier CAC 40 a perdu 40% de sa valeur), d’autres y ont vu des opportunités. Ce sont ainsi plus de 150 000 nouveaux investisseurs particuliers qui sont arrivés sur les marchés actions en mars 2020, selon l’AMF.

Du côté de La Caisse d’Epargne Rhône Alpes, même constat : le mois de mars se caractérise par un afflux massif d’investissements. « Sur les trois premières semaines de mars, le volume d’ordres de bourse initié par notre clientèle a été multiplié par cinq » détaille Pierre Rossetti. Il poursuit en comparant janvier-avril 2020 et janvier-avril 2019. La tendance est toute aussi claire : le volume d’ordres de bourse a triplé.

Thomas Perret, fondateur de Mon Petit Placement, partage ce constat et précise que le trafic enregistré sur son service et les nouvelles souscriptions ont doublé en mars dernier. Le jeune entrepreneur explique ce dynamisme par plusieurs facteurs : le temps disponible, la médiatisation autour des sujets liés à l’épargne et la mobilisation d’une génération de jeunes investisseurs qui n’avaient pas connu de crise et qui, face à la baisse des marchés, ont vu l’opportunité de franchir le pas et de faire leurs premiers placements en bourse.

 

Des nouveaux investisseurs globalement plus jeunes…

Florence Corne et Pierre Rossetti ont également noté ce rajeunissement du profil des investisseurs : « 10 à 15 ans de moins que la moyenne d’âge habituelle » détaillent-ils.  Pierre Rossetti complète le propose en précisant qu’à La Caisse d’Epargne Rhône Alpes, une part significative des nouveaux clients est constituée d’investisseurs qui ont déjà connu des crises financières par le passé : « beaucoup ont appris des précédentes crises financières et ont saisi les opportunités qui s’imposaient avec lacrise. »

 

Qu’il est important d’accompagner …

Face à ces nouveaux investisseurs, proposer des contenus pédagogiques n’a jamais été aussi stratégique. Florence Corne rappelle en effet qu’en France, le niveau d’éducation financière reste perfectible. « Seuls 20% des Français estiment avoir une connaissance élevée sur les questions financières selon une étude menée pour la Banque de France et seuls 30% des Français ont cité le bon taux du livret A fin mai 2020 » expose l’adjointe à la directrice des relations avec les épargnants à l’AMF.

Pour Stéphane Dothée, le fondateur de la startup Odonatech, spécialiste des questions de finance comportementale, il est essentiel de développer des contenus pédagogiques pour rappeler aux nouveaux investisseurs et à ceux qui reviennent les bonnes règles d’investissement. « Nous sommes en période de crise et de bouleversements forts. Cette charge émotionnelle influence nos décisions. Nous avons alors tendance à réagir sous le coup de l’émotion en cédant à l’impatience et à la panique. C’est pourquoi, il est essentiel de bien rappeler les principes clés qui doivent guider une stratégie d’investissement » raconte l’entrepreneur grenoblois.

 

Grâce à des initiatives pédagogiques innovantes

Alors, quelles sont justement les initiatives mises en place pour aider les Français à mieux gérer leurs finances personnelles ? Le moins que l’on puisse dire c’est que, FinTech, acteurs traditionnels ou régulateurs, tous souhaitent démocratiser l’accès à la culture financière.

Citons pour commencer, les innovations développées par Odonatech pour aider l’épargnant mais aussi le conseiller bancaire à mieux appréhender la notion de tolérance au risque grâce à la personnalisation de l’approche et à la gamification du parcours. « Notre volonté est claire : simplifier pour mieux expliquer » résume Stéphane Dothée. De son côté, Mon Petit Placement mise sur les vidéos pédagogiques personnalisées pour expliquer aux nouveaux investisseurs les concepts de base nécessaires pour se lancer dans le monde de l’investissement financier. « Il existe une réelle et forte appétence du grand public à mieux comprendre cet univers » raconte Thomas Perret. Il faut dire que pour 60% des inscrits au service Mon Petit Placement, il s’agit de leur premier support d’investissement. L’attente est donc grande ! 

Les acteurs plus traditionnels ne sont pas en reste. Bien au contraire. Pour preuve, durant le confinement, La Caisse d’Epargne Rhône Alpes a mis en place plusieurs outils pour rendre ses clients plus avertis et plus à même de faire des choix éclairés en matière de placements financiers : le magazine de la bourse a été lancé en ligne et 3 webinaires ont été organisés afin de comprendre l’impact de la crise sur l’économie réelle et sur les stratégies de diversification. « Nous avons fait intervenir des experts afin de donner à nos clients les clés de lecture de l’actualité. Plus de 1000 clients ont plébiscité ces webinaires et nous ont demandé de renouveler ce type d’action, notamment sur le thème de l’épargne retraite » déclare le Directeur de la Gestion Privée chez Caisse d'Epargne Rhône Alpes.

De son côté, l’AMF a multiplié les initiatives pédagogiques pour accompagner les épargnants, dans le cadre du déploiement de la stratégie nationale d’éducation financière pilotée par La Banque de France. Après l’application mobile FinQuiz lancée il y a 3 ans, l’AMF a lancé avec l’INC, son premier MOOC baptisé « Comment gérer efficacement son épargne et ses placements ». « Plus de 20 000 personnes ont suivi ce MOOC entre le 5 octobre et le 26 novembre, preuve de l’intérêt des Français pour la gestion de leurs placements. »souligne Florence Corne. L’AMF organise également avec l’ACPR et la Banque de France « Les RDV de l’épargne » afin de donner aux Français les clés nécessaires à la compréhension du paysage de l’épargne.

Des initiatives complémentaires

Pour conclure, nous avons demandé aux invités la façon dont ils appréhendaient les initiatives des uns et des autres. Tous les ont qualifiées de « complémentaires ». Pour Pierre Rossetti, les banques traditionnelles n’ont plus le choix, elles doivent s’inspirer des business models et de l’agilité des Fintech pour se remettre en question et se développer.« Cette évolution n’est pas la seule responsabilité de l’équipe IT. Tous les métiers de la banque doivent aujourd’hui être au cœur de cette réflexion et faire entrer l’innovation dans leur quotidien. Les actions que nous menons avec Le HUB612 et les échanges que nous avons depuis quelques semaines avec Odonatech vont clairement dans ce sens » sourit le Directeur de la Gestion Privée.

Cette table ronde organisée lors du FinTech Tour souligne la volonté commune des acteurs clés de l’écosystème Fintech de contribuer à l'éducation financière des particuliers afin de les aider à mieux comprendre les stratégies d'investissement et à placer leur épargne au plus juste. « Notre rôle consiste à lutter contre les idées reçues qui peuvent freiner les décisions d’investissement en expliquant les notions clés et en transmettant notre savoir. En élevant ainsi leur niveau financier, nous leur permettons de décrypter les débats économiques, ce qui favorise une plus grande confiance entre les acteurs et contribue à la robustesse de l’économie » conclut Pierre Rossetti.

 

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