Groupama x Dylogy : quand l’innovation naît d’une rencontre humaine

Fondateur entreprise en plein pitch commercial

Les collaborations entre grands groupes et startups ne se résument pas à un seul modèle. Elles peuvent naître d’un programme structuré, d’un besoin métier précis, d’une relation client-fournisseur qui évolue, ou parfois simplement… d’une rencontre. Ce dossier explore la diversité de ces formes de collaboration, leurs mécanismes, leurs bénéfices, mais aussi leurs défis concrets.

À travers une série d’interviews croisées, nous donnons la parole à des acteurs de grands groupes et de startups qui collaborent au quotidien. Leur point commun : une volonté de créer de la valeur ensemble, en confrontant leurs réalités, leurs contraintes et leurs temporalités. Des retours d’expérience sans filtre, pour comprendre ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins, lorsqu’un grand groupe et une startup décident d’avancer ensemble.

Souvent, ces collaborations entre grands groupes et startups sont présentées comme des mécaniques complexes, faites de process, de cadres contractuels et de cycles longs.  Pourtant, il y a souvent un point de départ beaucoup plus simple : une rencontre humaine. La collaboration entre Groupama et Dylogy en est une illustration concrète. Née d’un échange informel lors d’un événement Dataiku, elle s’est progressivement transformée en une relation de confiance, intégrée au cœur du programme d’open innovation Volt’terre de Groupama. De la détection de la fraude à la relation client augmentée, les projets menés ensemble explorent des cas d’usage à fort impact, avec une ambition commune : créer de la valeur, de manière pragmatique et durable.

Dans cette interview croisée, Olivier Claeys, Responsable Data IA Office chez Groupama, et Aurélien Couloumy, CEO et cofondateur de Dylogy, partagent sans filtre leur retour d’expérience. Ils reviennent sur les leviers d’une collaboration réussie, les défis de l’industrialisation, la gestion de la propriété intellectuelle et les bonnes pratiques à adopter pour faire de l’open innovation un véritable moteur de transformation. Retour sur une collaboration qui démontre qu’au-delà des process, c’est souvent l’humain qui fait la différence.

Ils racontent leur collaboration.

A l’origine de la collaboration Groupama x Dylogy : une rencontre

Comment votre collaboration a-t-elle débuté ? 

Olivier Claeys : C’est une collaboration qui vient d’une rencontre lors d’une conférence chez Dataiku. Nous nous sommes parlé lors de ce séminaire. Chez Groupama, nous avions un cas d’usage, Aurélien avait des solutions avec Dylogy et de la motivation. Le contact est tout de suite passé. Puis nous avons commencé un projet, puis un deuxième, puis un troisième.

De fil en aiguille, notre collaboration est de plus en plus intégrée, même si nous sommes encore en train d’effectuer des tests sur des projets. Dylogy est ainsi entré via une entité dans un programme groupe important, ce qui lui permet d’être visible auprès des caisses régionales de Groupama, des entités importantes du groupe. 

Aurélien Couloumy : Comme le dit Olivier, à la genèse, ce sont vraiment des gens qui se rencontrent et qui papotent. Ce n'est pas la porte d’entrée la plus traditionnelle pour qu’une startup et un institutionnel deviennent partenaires, mais cela a fonctionné ! Le premier levier a été un levier humain : c’est ce qui a permis d’apporter de la confiance, et qui a permis d’avoir des projets de plus en plus ouverts, avec des opportunités qui nous ont été proposées comme le programme Volt’terre et son système d’open innovation. 

Par exemple, au départ nous avons travaillé sur les thématiques de détection des fraudes : nous avions des projets de conseils orientés sur ces thématiques quand nous faisions du conseil avec Novaa (ancien nom de Dylogy). Olivier voulait challenger son modèle de fraudes, ses activités de R&D de fraudes autour de ce modèle. Parallèlement et plus récemment, nous avons engagé plusieurs discussions : sur un agent conversationnel pour aider les équipes relation clients et sur d’autres sujets qui sont à date plus ouverts, notamment le traitement et la gouvernance documentaire. 

L'innovation dans un grand groupe : comment Groupama travaille avec des startups ?

■ Comment innovez-vous au sein de Groupama ? 

Olivier Claeys : L’innovation est présente partout et sous beaucoup de formes différentes … ! Un axe majeur est celui de l’open-innovation, que nous faisons grâce au programme Volt’terre. Nous avons déjà déployé 3 saisons, et, actuellement, nous regardons les enjeux de la saison 4 et réalisons le sourcing en conséquence. Volt’terre est un des dispositifs majeurs de l’innovation pour Groupama.

Aussi, les entités structurent de plus en plus des forums innovation. Ce sont des programmes ou des organisations qui permettent de favoriser l'innovation au sein des entités du groupe. 

■ Comment choisir les startups qui participent au programme ? 

Olivier Claeys : Cela commence par une phase d’expression des besoins. Nous identifions avec les directions métiers les sujets du type « caillou dans la chaussure » pour lesquels elles n’ont pas trouvé de solution satisfaisante. L’idée est d’arriver à cibler une start-up qui travaille sur cette problématique et qui a quelque chose d’intéressant à proposer. À partir de là, la greffe entre le métier qui est demandeur et la start-up qui souhaite faire grandir son projet a toutes les chances de bien prendre ! 

Nous nous laissons également la possibilité, à chaque saison, d’embarquer une ou deux start-up « pépite » que nous trouvons prometteuses pour nos métiers, même si le besoin pour leur solution n’a pas encore été clairement exprimé. Parce qu’un programme d’innovation doit rester ouvert !

■ Quels enjeux à faire de l’innovation ?

Olivier Claeys : Ils sont multiples : faire bouger les lignes, aller dans la R&D pour aller chercher des solutions en time-to-market, mais également mettre en œuvre des solutions existantes chez des startups et que nous n’avons pas encore déployées. Par ailleurs, cela permet aussi de travailler une image de marque, une employabilité.

Il y a aussi un enjeu à connaître des écosystèmes de startups pour éventuellement investir, parce que nous nous sommes aussi dotés d'un véhicule d’investissement.

Collaboration grand groupe–startup : les enjeux et les bénéfices

■ Quels en sont les bénéfices ?

Aurélien Couloumy : C’est difficile d’innover sans grand groupe non ? L’innovation passe par la R&D mais surtout par avoir des clients : la réalité, c’est que si on n’a pas d’accès au marché, on n’a pas de produit. 

C’est pouvoir avoir un véhicule facilitateur pour parler aux bonnes personnes et adresser les bons problèmes, et pour avoir un cadre de co-création, de bienveillance où on essaye d’avancer main dans la main. Ce ne sont pas des bisounours car, in fine, il y a des décisions qui sont orientées par la valeur. Mais l’idée c’est de construire d’égal à égal et d’accéder à un marché, et surtout de le faire dans les bonnes conditions.

■ Avez-vous des bonnes pratiques à partager ? 

Olivier Claeys : Ne pas avoir peur ! Oser tester des nouveautés et bien sûr faire confiance, donner leur chance à de nouveaux acteurs !

Aurélien Couloumy : Il ne faut pas avoir peur, ni d’essayer, ni de se dire les choses. Une relation qui marche, et c’est ainsi que nous fonctionnons avec Olivier, c’est une relation transparente sur ce qu’on veut, sur ce qui marche mais aussi qui ne marche pas. 

Quand on fait ce genre de projets, il faut aussi s’assurer qu’on a les mêmes objectifs. Si l'objectif de la startup est de vendre à tout prix et que l’objectif du grand groupe est de se montrer à tout prix , il y a peu de chances que le projet aboutisse. L’objectif commun doit être la valeur, parce qu’il y a une peine. La collaboration ne marche que s’il y a un alignement des objectifs. Pour moi, c’est du bon sens mais je pense que c’est important de le redire.

Une autre bonne pratique, celle d’avoir un devoir de matérialité, palpable sur le plan IT et légal. Souvent pour entrer dans ces grands groupes, il faut montrer patte blanche, et on peut en arriver à asphyxier les startups. Olivier a su lever les boucliers au bon moment, mettre le bon dosage sur la conformité, la sécurité, le contractuel. sans mettre en difficulté les uns ou les autres; mais avec une approche différente de celle qu’on aurait face à un autre institutionnel.  

Olivier Claeys : La bonne pratique est aussi humaine. Nous avons chez Groupama des valeurs telles que la bienveillance. L’horizon temporel d’une startup et d’un grand groupe sont différents et il faut le prendre en compte. Adopter une démarche collaborative et agile est très important pour que ça fonctionne, et encore une fois on y retrouve de l’humain.

Aurélien Couloumy : Par exemple, le processus de décision est assez exemplaire dans le programme Volt’terre. Il y a des cycles de partage avec des comités mensuels et avec une temporalité bien définie. C’est très opérant.

Ce qui fait réussir une collaboration entre grand groupe et startup

■ Aviez-vous une appréhension ou un préjugé avant de débuter cette collaboration ?

Olivier Claeys : Pour ma part, je n’avais aucune appréhension ou préjugé.

Aurélien Couloumy : Je n’avais aucun préjugé non plus. Le programme permet de savoir où tu mets les pieds, parce que tout est dans le nom : programme de co-création avec Groupama.
Je pense qu’il faudrait être naïf pour penser que ça va être résolu en deux semaines, comme il faudrait être naïf pour penser que tout va être rose lorsqu’on va discuter avec certains métiers éloignés de l’innovation.Tout est bien dit et tout est éclairci, pour moi il n’y a pas de faux semblants comme il n’y a pas de fausses promesses. 

■ Quel a été le plus gros défi au sein de la collaboration ? 

Olivier Claeys : Ça a été d’aller jusqu'à l'industrialisation. Pour ce faire, le programme Volt’terre met dans la boucle dès le début des personnes de l’informatique (G2S), donc il y a initialement cette volonté. Mais l’industrialisation c’est le niveau au-dessus et ce n’est pas évident. Le fait d’aller industrialiser les services et de s’occuper de la conduite du changement sont des objectifs majeurs, qui doivent également être travaillés. 

Aurélien Couloumy : Pour moi, le plus gros défi a été d’insérer l’idée ou le résultat produit dans le journalier des entreprises. Souvent, ces programmes d’innovation font figure de brise-glace ou de chemins hors piste, et c’est bien, c’est comme ça qu’il faut les faire, mais il faut se remettre dans le droit chemin et dans les codes communs. C’est toujours l’étape d’après qui est laborieuse, une étape qui coûte et qui n'est pas créatrice de valeur en tant que telle, mais nécessaire pour entrer dans les rouages de la “growth machine”. C’est autant un sujet de sécurité, de qualité, de suivi métier, … Cela porte plein de facettes.

Les préjugés et la réalité d’une collaboration grand groupe–startup

■ Aux prémices de la collaboration, qu’est-ce qui a pu vous surprendre ? 

Aurélien Couloumy : Ce qui m’a surpris, c’est l’appétence de certains métiers pour la tech. En startup, on peut avoir l’idée reçue que, dans les grands groupes, les équipes ne comprennent pas ou ne s’intéressent pas à la tech. Ça a été le schéma inverse, il y a un vrai engouement pour la tech. C’était une bonne surprise, car il y a 5 ans la situation était bien différente. 

Olivier Claeys : Nous n’avons pas choisi Dylogy au hasard, mais je dirais que ce qui nous a surpris positivement c’est le répondant dont Dylogy sait faire preuve face aux obstacles et aux challenges, mais aussi la qualité des dossiers. Les interactions nous tirent vers le haut.

■ Comment gérez-vous la partie propriété intellectuelle ?

Aurélien Couloumy : Nous avons levé le plus tôt possible toute forme d'ambiguïté sur le résultat espéré. Il ne faut pas non plus être trop dans l’anticipation mais il faut poser des règles fortes et simples, par exemple : si tu paies des jours homme, cela appartient au client. Anticiper, poser un cadre assez clair est nécessaire. Ici, c’est contractuel avec le siège Groupama.

Olivier Claeys : C’était un sujet sur lequel nous avons avancé un peu à tâtons au début mais maintenant tout cela est bien défini. Les actifs développés spécifiquement pour Groupama relèvent de notre propriété, tandis que Dylogy conserve la propriété de ses algorithmes packagés. Les livrables produits dans le cadre des projets sont, quant à eux, intégralement destinés à Groupama.

Pourquoi ces collaborations sont devenues essentielles ?

■ Le mot de la fin ? 

Aurélien Couloumy : Ces collaborations sont nécessaires. Je trouve dommage que l’open innovation ne soit pas une obligation pour les grands groupes. C’est quasiment un devoir. L’open innovation nourrit un écosystème et fait grandir les entreprises. Quand c’est bien fait, cela crée réellement de la valeur. 

C’est nécessaire pour les grands groupes qui ne peuvent pas innover sans les startups, et pour les startups qui ne peuvent pas faire sans l’accès aux clients. 

Olivier Claeys : Je suis parfaitement d’accord avec Aurélien. L’open-innovation doit être un processus gagnant-gagnant : favoriser l’écosystème français de l’innovation, en apportant de nouvelles solutions et ainsi dynamiser les grandes entreprises. 

L’open collaboration, une nécessité

La collaboration entre Groupama et Dylogy montre qu’il n’existe pas de recette unique pour faire travailler ensemble un grand groupe et une startup. Au-delà des dispositifs et des cadres, ce sont la confiance, l’alignement des objectifs et la capacité à construire dans le temps qui permettent de créer de la valeur réelle.

De la rencontre initiale aux projets menés conjointement, ce retour d’expérience rappelle que les collaborations durables reposent avant tout sur des relations humaines solides et un pragmatisme partagé, conditions essentielles pour dépasser l’expérimentation et inscrire l’innovation dans le réel. 

Cette interview a été réalisée en collaboration avec Inès Bony @la French Tech Saint-Etienne Lyon. 

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